Identité Publique et Vie Privée

Beaucoup d’entre nous, professionnels des nouvelles technologies de l’information, savent que de grands changements sont en cours. Nous surveillons, analysons, et modélisons les nouvelles tendances des consommateurs du Web.

Il est admis par beaucoup que la croissance exponentielle des services dits sociaux et de leurs consommateurs, ne s’accompagne pas de précautions suffisantes quant aux informations mises en ligne ! En effet, nous n’avons pas le recul nécessaire à la mise en place de bonnes pratiques éprouvées ; elles existent, mais sont disparates, personnelles, et sans assurance de résultat car édictées “à priori”. Et je n’aborde même pas les problématiques de duplications de données, d’architecture clouds , etc…

Les informations

Sans entrer dans une analyse sociologico-philosophique profonde, il est bon de noter que toute information sur une personne peut être rangée dans l’une de ces 2 catégories :

  • les données de forme (qui vous êtes).
  • les données de fond (ce que vous êtes),

Tout d’abord, les données de forme permettent de vous identifier comme entité au sein d’un groupe : elles se composent essentiellement de votre état civil à laquelle on ajoute plus où moins d’informations tels que votre taille, votre poids, vos informations de contact (adresse, téléphone), votre photo d’identité (la bien nommée), etc… toutes ces données qui vous définissent sans pour autant donner d’information sur les données de fond qui se composent elle de votre histoire passée, votre présent, votre avis, vos goûts, vos photos, votre style, etc…

La frontière entre ces 2 types de données est très floue. En tout cas elle est trop personnelle et trop neuve pour en ériger une règle pour l’instant.

Connaître une personne revient donc à avoir connaissance de ces deux composantes (dans un ratio qui est propre à chacun ; et oui… la réciprocité des amitiés n’est pas toujours vraie).

Du nouveau

Jusqu’à récemment nous ne connaissions que 3 compositions “type de personne” / “type de données” :

  • Personne publique + données de forme : de plus en plus dur pour nos “pauvres” stars d’aujourd’hui, mais cela reste possible.
  • Personne publique + données de forme et de fond : de plus en plus le cas avec le succès des fameux magazines people et aux paparazzis
  • personne anonyme + données de forme : association vraie au moins depuis les annuaires

Avec le Web et les réseaux sociaux, on voit naître aujourd’hui une nouvelle composante :

  • Personne anonyme + données de forme et de fond

La puissance de plusieurs moteurs de recherche a permis par effet de bord de trouver ce type de données. Ce dont plusieurs personnes ont profité pour leurs besoins professionnels ou personnels. Il n’en fallait pas plus pour voir émerger un nouveau besoin (pour les recruteurs par exemple) ; et qui dit besoin identifié, dit service proposé. C’est ainsi que sont arrivés les moteurs de recherche spécialisés dans la recherche de personnes, tels whozat ou 123people.

Profils d’anonymes

Dans une esquisse de profilage des personnes actives sur ces réseaux je défini les catégories suivantes : les “full-disclosureurs”, les précautionneux, les paranos.

Beaucoup de personnes aurons débuté par cette première catégorie, avant de comprendre les enjeux, ou de voir un reportage, ou tout autre déclencheur… mais de façon générale avant de prendre conscience qu’il fallait peut-être contrôler, et à défaut limiter les traces laissées sur la toile. C’est ainsi qu’on rejoint le groupe des précautionneux qui, dans un choix d’exposition qui leur est propre, cherchent (mais cela n’est pas toujours possible) à éviter toute fuite nuisible, personnellement comme professionnellement. Enfin, nous retrouvons en dernière catégorie les paranos, souvent en retard dans l’adoption d’un de ces réseaux sociaux auxquels ils ont été contraint, par la force des choses, d’adhérer mais qui s’inscrivent parfois sous un faux nom, limitent ou interdisent toute photo, ne se répandant guère sur leur vie privée, etc…

Ceci est une esquisse à grosse maille encore une fois (dans laquelle je n’inclus pas les résistants par exemple) !

Dérive

Ces bases maintenant posées, j’en arrive (enfin) à ce qui m’a pousser à rédiger ce premier billet : la mise à disposition sur le site pagesjaunes.fr de données issues des réseaux sociaux que sont facebook, twitter, linked, viadeo, copains d’avant et trombi.

Petit historique d’abord : le 19 mars dernier tombe une dépêche AFP qui annonce le rachat du site 123people.fr par PageJaunes.fr. Et au matin du 24 mars, le service pagesblanches fourni en plus des résultats de recherche traditionnels un bandeau permettant d’accéder à tous les profils de tous les réseaux sociaux indexés.

On voit donc en ce 25 mars une levée de bouclier de la part de nombre de personnes soucieuses du respect de la vie privée de chacun. Ces mêmes personnes font d’ailleurs, pour la grande majorité, partie de ceux maîtrisant leurs données publique. Et j’aime justement cette démarche de protection envers ceux “qui ne savent pas”, tels des érudits qui protégeraient les ignorant : approche philanthropique à laquelle je souhaite participer ! :)
Pourtant je ne peux m’empêcher de remarquer que ce service ne fait que renvoyer des informations ouvertement considérées publiques dans chacun des dits réseaux. En tant que tel, elle ne devrait contenir que ce que chacun pense être diffusable de soi. De plus il est toujours possible de se faire retirer des résultats de recherche conformément à la loi informatique et liberté. Tout comme quelqu’un ne voulant pas être retrouvé se mettait sur liste rouge.

Conclusion

Il n’y a donc aucun changement de fond à mon sens :

  • avant nous étions automatiquement ajouté aux pages blanches après l’ouverture d’une ligne téléphonique, il fallait faire une demande pour être sur liste rouge ;
  • à partir d’aujourd’hui nous serons automatiquement ajouté aux pages blanches à la création d’un compte sur les réseaux sociaux, il faudra faire une demande pour être retiré.

Je trouve finalement que pagesjaunes aura su suivre les évolutions successives en passant du print au web, puis du simple référencement “@/tel” au référencement de profils.

La solution sera d’apprendre à tous la maîtrise de leurs identités publiques sans mettre à nue leur vie privée !

PS : Pour ceux qui pourrais ne pas comprendre ce billet pour l’avoir parcouru trop rapidement par exemple, ou si je me suis mal exprimer sur un point (tout à fait possible n’est-ce pas ;) ), je pense que le vrai combat à mener sera sur la protection des données dites privées sur ces réseaux, pas toujours Français, et qui ne permette pas d’assurer la pérennité de notre tranquillité quant à leur utilisation. Les bases de données sont valorisées à plusieurs millions de $, les détails sur les liens sociaux extractibles sont plus avancées que tout ce qui existe dans les services de renseignement, l’étendue des possibilités est même encore inconnue… Et même si une grosse société nous promet aujourd’hui que nos données sont protégées d’utilisations frauduleuse, avec la plus grande sincérité du monde : il ne faut pas oublier qu’une société reste une personne morale dont le directoire peut changer, dont les orientations et objectifs sont mouvants, surtout si de l’argent et de l’information (nerf de la guerre) sont en jeu !!! Une “petite guerre”, une loi, une obligation d’ouvrir ces bases aux services de renseignement et hop ! La bataille sera perdue pour nous ! Ce qui me rassure ici c’est que la promesse initiale aura été tenue : aucune utilisation frauduleuse, par définition ce sera totalement légal….

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